Deux étés de marche, d'Ottawa à Sainte-Anne-de-Beaupré
2006 - 2007 - Récit de Diane Chevalier

« Ce que tu cherches… te cherche »

Que vous me lisiez est un privilège. Qu'on m'ait demandé de partager mon expérience sur le Chemin des Outaouais et des Sanctuaires est une bénédiction. J'ai toujours cru en ce dicton. L'été 2006, j'ai trouvé ce que je cherchais avec le Chemin des Outaouais. J'ai annoncé à mes deux enfants, Kim et Philippe, que je partais faire un pèlerinage. Ils sont venus avec mes deux petits-enfants, Maude et Alexis, ainsi que d'autres membres de ma famille et des amis, me dire au revoir après la messe à la cathédrale d'Ottawa d'où les pèlerins partaient pour se rendre à l'Oratoire St-Joseph de Montréal, à pied! Un parcours de 240 km. J'avais 58 ans. J'ai placé dans mon cou le collier que ma petite-fille m'avait fait et j'ai attaché à mon sac à dos le foulard que mon petit-fils m'avait donné, sur lequel ses petites mains étaient imprimées. Je suis partie, j'ai fait mes premiers pas et je ne me suis pas retournée. J'ai laissé ma famille pour mieux les aimer à mon retour.

Je ne savais pas encore pourquoi je marchais, mais je savais que je ne faisais pas une erreur. Je ne portais plus les responsabilités des autres, seulement les miennes. Dans les nombreuses épreuves de ma vie, Dieu a toujours été avec moi afin de m'aider. Mon corps était fatigué, mon âme était malade, j'avais un grand besoin de me reposer. J'avais besoin d'être seule avec mon Créateur et c'était une occasion unique de le faire. Ce fut une expérience absolument magnifique.

J'y ai vécu des rencontres miraculeuses, qui ont changé ma vie : des anges sur la route, ces porteurs de messages. Je ne vous cache pas mon inquiétude lors de cette première expérience, un saut dans l'inconnu. Je crois que ma plus grande peur était de me retrouver seule. La solitude peut être positive : je revoyais les choses de ma vie, mes maladresses, mes souvenirs, mes erreurs. Heureusement je pouvais marcher aussi avec mes compagnons de pèlerinage, souvent des inconnus qui sont devenus de grands amis.

Je n'oublierai jamais la première accolade d'une vieille dame qui est sortie de son jardin pour venir à ma rencontre. « Amenez-moi dans vos prières », m'a-t-elle dit. Je suis repartie en pleurant d'émotion, je venais de commencer mon cheminement intérieur.

Parce que chaque jour de ce pèlerinage m'avait apporté une expérience nouvelle et tellement enrichissante, et parce qu'il me restait d'autres réponses à mes questions à trouver, j'ai donc décidé l'été suivant, en 2007, de poursuivre cette rencontre avec Dieu et de partir, cette fois-ci, de l'Oratoire St- Joseph de Montréal, jusqu'à Ste-Anne de Beaupré, 400 km, toujours à pied, en collaboration cette fois avec le Chemin des Sanctuaires. J'ai maintenant 59 ans et… j'ai trouvé une passion.

En l'espace d'un an, deux petits-enfants s'étaient ajoutés à mes bénédictions comme grand-maman. Plus difficile de partir, oui, sans aucun doute. La vie se charge des décisions qu'on ne se décide pas à prendre. J'ai finalement ajouté à mon sac à dos, en plus du collier de Maude et du foulard d'Alexis, d'autres souvenirs préparés par les parents, une photo plastifiée de mon petit Samuel sur laquelle était écrit : «Je serai toujours avec toi» et une belle carte, aussi plastifiée, avec les empreintes des petits pieds de ma belle Janie et ce beau message : « Que Dieu bénisse tes pas grand-maman et qu'Il étende sa main protectrice ».

Je suis repartie, j'avais d'autres choses à régler. Le goût de découvrir d'autres belles églises, de magnifiques sanctuaires, de prendre un repos, de faire un arrêt, d'obtenir la confirmation que l'on est au bon endroit au bon moment.

Le goût aussi de me faire d'autres grands amis. J'ai appris à me connaître davantage dans la tolérance, la fatigue, un deuxième souffle, la générosité et, ce qui est le plus important pour moi, j'ai pu accepter et être capable d'aller à mon rythme, de prendre le temps ce qui est différent de perdre mon temps.

Le Chemin n'est pas une course, ce n'est pas grave si tu n'es pas la première personne arrivée, le but c'est d'arriver. Pour moi, j'avais un grand besoin de vivre cette victoire, cela a fait beaucoup de bien à mon ego. J'ai pu dire les choses qui me dérangeaient dans ma vie. Curieux qu'une fois dites, c'est moins dérangeant. La force de Dieu… c'est de ne pas nous forcer! Dans ce parcours, les biens matériels n'existent plus, tout ce que tu as, c'est ta maison sur ton dos. Un Chemin de vie qui nous fait apprécier ce qu'on nous offre, des choses aussi simple qu'un verre d'eau, une chaise à l'ombre d'un arbre, une pomme, un signe de la main d'un fermier dans son champ. Étant une femme très active, avec une vie remplie, très occupée, la possibilité de vivre le moment présent, c'est vraiment un beau cadeau que je me suis fait. Aussi le fait de renoncer à tout ce qui est accessoire pour atteindre une destination qui t'amène à l'accomplissement de toi-même. Être, au lieu de paraître.

J'ai prié pour ma famille, mes amis et ceux que j'aurai à connaître. Comme grand-maman, j'avais un petit pincement d'amour au coeur, lorsque je faisais la rencontre de petits sur la route, je prenais le temps de leur sourire et leur dire bonjour. J'avais hâte aussi de retrouver mes enfants, de les prendre dans mes bras et leur dire que j'étais heureuse, que c'était cela que je cherchais, et que j'avais trouvé la paix, celle du Seigneur.

Je voudrais vous faire sourire… avec une anecdote : on m'a demandé si Hydro Québec était mon commanditaire ? – Non, je n'ai aucun commanditaire, pourquoi ? Parce qu'on a su que tu avais des «ampoules» ! Oui, lors de mon premier pèlerinage, j'ai eu une ampoule sous mon talon gauche, qui s'allumait de temps en temps. La même chose s'est produite lors de mon deuxième pèlerinage. Mes compagnes de route ont bien pris soin de moi. J'ai cru bon d'alléger mon sac à dos, par un envoi postal à la maison. Pour moi j'appelle ça de l'insécurité, j'en avais lourd à porter. Finalement, je n'ai rien manqué de ce que j'avais retourné !

On dit de chaque étape que c'est un chemin de croix et de chaque matin, que c'est une résurrection. Tout le long de la route, des endroits de rencontres sont assignés, on a toujours un contact en cas de besoin.

Pour ce qui est de l'accueil dans les hébergements, ce sont des gens chaleureux et compréhensifs qui nous attendent, et c'est important quand tu arrives fatiguée! Une fois le côté physique réglé, on devient plus réceptif et plus attentif à la spiritualité et c'est ce qui donne tout son sens au pèlerinage. Le pèlerinage est presque terminé, aujourd'hui est ma dernière journée. Je me lève plus tôt que d'habitude, ainsi que mes compagnons de marche. Nous prenons notre déjeuner en silence, un sourire, un regard avec les yeux mouillés. Ce matin nous marchons lentement, nous n'avons pas loin à faire, un derrière l'autre, personne ne veut dépasser l'autre, personne ne veut vraiment arriver; je suis triste. J'arrive, je suis forte, mais je ressens un vide, le Chemin s'arrête. Mon premier pas m'avait beaucoup coûté à plusieurs points de vue dans ma vie personnelle. Je me rends compte que le dernier aussi. Je suis arrivée à mon but, mais ma route continue bien au-delà. Paul Claudel a écrit : « On ne peut monter au ciel que si l'on est descendu dans son âme ».

Merci, mon Dieu, pour ton beau plan d'amour sur moi.

Diane Chevalier (Outaouais),
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Pèlerins en marche, mai 2008, n° 22, p. 15-17