Article du journaliste Jacques Gauthier
Septembre 2010 - Article du journaliste Jacques Gauthier, invité à l'émission

« C'est ça la Vie » sur « TOU.TV » à Radio-Canada, à propos d'un mini-Compostelle

Extrait de l'article :

14 septembre 2010

Émission « C'EST ÇA LA VIE » : PÈLERINAGE À PIED  (Cette émission n'est plus disponible sur « tou.tv »)

Mini-Compostelle

Tous n'ont pas l'occasion ou le temps de fouler les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. D'ailleurs, la moyenne d'âge des pèlerins est surtout entre 50 et 70 ans, donc plusieurs sont à la retraite.

Il y a des chemins pour différentes régions, dont le Chemin des Outaouais. Ce fut le sujet d'un reportage à l'été 2010 lors d'une émission du Jour du Seigneur à Radio Canada. Nous avons suivi quelques pèlerins qui sont partis de la cathédrale d'Ottawa pour se rendre à l'Oratoire Saint-Joseph, en passant par Rigaud. C'est le "Chemin des Outaouais".

Leur site est très bien fait: http://www.chemindesoutaouais.ca Tout commence par les pieds, puis progressivement on passe de la tête au coeur. Sac à dos et chassure de marche, chacun est appelé à vivre le moment présent dans un grand dépouillement. Comme disait Jésus : « Chaque jour suffit sa peine ». Voici quelques commentaires des pèlerins :

« On part en groupe, mais on marche seul. On se retrouve soi-même. On vit un jour à la fois ». « Au début, je marchais assez vite, puis j'ai pris mon temps ». « Mentalement, il faut ralentir, regarder la nature ». « C'est un défi pour aller au bout de soi ». « La vie est belle ». « On est accueilli par des gens chaleureux ». « La région est tellement belle, c'est dans ma cour et je ne la connais pas ». « J'ai trouvé la paix ».

Partir pour mieux vivre

Les raisons pour vivre un pèlerinage à pied varient selon les gens. C'est un dépassement, un défi, une rupture avec le quotidien. Plusieurs affirment qu'ils ne sont plus les mêmes après ce voyage qui est surtout intérieur. La route a fait son chemin en eux et leur a donné une direction. D'ailleurs, elle laisse des traces, si ce n'est par les nombreux écrits de ces pèlerins qui ont troqué le bâton pour la plume.

Un de ces carnets de route a attiré mon attention par son authenticité et son humour, sa simplicité et sa profondeur. Il s'agit de Compostelle (Presses de la Renaissance, 2010) du journaliste Luc Adrian, qui avait déjà écrit un récit plein de verve sur son parcours de Sainte-Anne-d'Auray à Lourdes : Foi dite en passant.

Ici, un compagnon inattendu prend la plume pour guider le pèlerin sur le sentier de l'humilité : Rikiki Gnomon, le petit orteil de Luc Adrian. Rikiki lui enseigne que l'amour est le seul bagage qui vaille, que le vrai sanctuaire est le coeur et que la route sacrée qui mène à Dieu est l'être humain. Pas besoin de partir en pèlerinage pour vivre cela, le réel quotidien s'en occupe. Partir peut être ainsi une fuite du « vrai de la vie », comme disait Thérèse de Lisieux.

Bref, on ne fait pas le chemin, c'est le chemin qui nous fait. En marchant, le corps se pacifie, l'esprit se vide, le coeur se dépouille, le visage se défait de ses masques. On accueille et on se laisse accueillir, on se recueille et l'Autre nous recueille. Il suffit d'être.

Jacques Gauthier